« On ne va pas envoyer les élèves au bagne »

Propos recueillis par Sonia Mabrouk, édité par Manon Fossat
08h34, le 25 octobre 2021, modifié à
10h17, le 25 octobre 2021

Dinah, 14 ans, s’est suicidée début octobre au domicile de ses parents, à Kingersheim, près de Mulhouse. La jeune fille était victime de harcèlement scolaire de la part de ses camarades depuis deux ans, et sa mère dénonce aujourd’hui l’inaction du collège. Une enquête a été ouverte par le parquet afin de déterminer si c’est bien le harcèlement qui a poussé l’adolescente à mettre fin à ses jours. Invité d’Europe Matin lundi au micro de Sonia Mabrouk, le ministre de l’Education nationale, Jean-Michel Blanquer, était interrogé sur ce drame, et plus largement sur les violences en milieu scolaire. Il a exprimé sa profonde tristesse face à la situation, mais a appelé « à ne pas s’emballer ».

« Ca doit nous alerter sur les phénomènes de violence de toutes sortes qui traversent notre société et nous agissons déjà sur cette question avec le plan pHARe que j’ai élaboré il y a trois ans et qui prévoit des sanctions sévères », a-t-il posé. « Mais il ne faut pas s’emballer à chaque situation et savoir raison garder pour faire les choses de façon juste. Donc il faut garder son sang-froid. Tous ces faits doivent être signalés et suivis de sanctions mais avoir des suites pénales pour des évènements qui se passent en milieu scolaire est déjà assez nouveau », a-t-il insisté.

Face au harcèlement, « il faut rester raisonnable »

Cependant pour Jean-Michel Blanquer, les harceleurs doivent tout de même rester scolarisés. « On ne peut pas exclure ad vitam aeternam quelqu’un qui a été harceleur. C’est complexe. C’est l’adolescence, avec tout ce que ça signifie », a encore jugé le ministre pour qui de la prison ferme pour les élèves auteurs de violences envers des professeurs est une mesure inenvisageable.

Concernant l’adolescent qui avait poussé sa professeure à terre en Seine-et-Marne et a écopé de cinq mois de prison avec sursis, il a par ailleurs estimé que « ce n’est pas rien » pour un mineur. « Cet élève va être rescolarisé dans une structure spécialisée donc il ne lui arrive pas rien. On ne peut pas non plus l’envoyer au bagne à perpétuité. Il faut rester raisonnable », a encore appelé Jean-Michel Blanquer.

Le « pas de vagues » est un « cliché » sur l’Education nationale, assure Blanquer 

Il l’a assuré, le laxisme « ne fait pas partie de son registre ». « Il y a beaucoup de clichés sur l’Education nationale, notamment le fameux ‘pas de vagues’, qui serait soi-disant notre doctrine. Mais ce n’est absolument pas ce que j’ai demandé d’appliquer depuis 2017. Et on observe qu’il y a moins d’auto-censure, les professeurs savent que s’ils signalent, il y a un suivi, les chefs d’établissements savent également qu’ils ne sont pas évalués sur le nombre de signalements, mais au contraire sur la capacité à établir un bon climat scolaire. »

LAISSER UN COMMENTAIRE

S'il vous plaît entrez votre commentaire!
S'il vous plaît entrez votre nom ici