Valérie Pécresse déterre la hache de guerre avec Alstom

La présidente d’Île-de-France Mobilités somme l’industriel de s’expliquer sur son retard de livraison de rames.

Mauvaise nouvelle pour les plus de 200 millions de passagers annuels des lignes D et E du RER parisien. De nouvelles rames améliorant le confort et doublant le cadencement des trains toutes les 90 secondes devaient entrer en service mi-2021. En fait, les premières voitures ne seront livrées qu’en 2023. C’est la conclusion d’un audit mené par SNCF Voyageurs, responsable du réseau Transilien, et révélé par Les Échos .

Les responsables de ce retard de deux ans sur le calendrier initial selon l’opérateur ferroviaire historique? Les deux fournisseurs, Alstom et Bombardier Transport, qui avaient remporté en 2017 ce contrat de 3,75 milliards d’euros, prévoyant la livraison de 255 rames. Depuis, Alstom a racheté l’ex-filiale ferroviaire du groupe canadien. C’est donc le français qui pilote le plus important programme de matériels roulants jamais financé par Île-de-France Mobilités (IDFM).

Le rapport de SNCF Voyageurs a provoqué la colère de Valérie Pécresse, présidente d’IDFM, mais également candidate à l’investiture du parti Les Républicains pour la prochaine présidentielle. Qualifiant ce retard de deux ans de «naufrage industriel», Valérie Pécresse demande à Henri Poupart-Lafarge, le PDG d’Alstom, ainsi qu’à son homologue de la SNCF, Jean-Pierre Farandou, de venir s’expliquer devant le conseil d’administration d’IDFM. Concernant la SNCF, elle ne comprend pas pourquoi la vieille dame ferroviaire n’a pas réussi à empêcher ce retard. «La SNCF ne peut se substituer à l’industriel dans ses usines», se défend le groupe public.

Feuille blanche

Cette affaire illustre les limites du ménage à trois lors des appels d’offres sur le matériel roulant en région parisienne. C’est Île-de-France Mobilités qui débourse des milliards dans ces achats. Mais, comme cet organisme n’a pas les compétences en interne, il délègue à la SNCF la bonne exécution du contrat. De ce fait, dès qu’il y a un grain de sable, IDFM trouve que la SNCF n’en fait pas assez.

Cette prise de bec entre IDFM et Alstom n’est pas une première. Avant d’enterrer la hache de guerre en avril 2021, le constructeur de matériel ferroviaire avait bataillé pendant des mois avec l’organisme présidé par Valérie Pécresse pour revoir le contrat concernant la livraison de 146 rames du RER B. Dans l’affaire des rames du RER D et E, Alstom reconnaît son retard et en explique les raisons. Premier point, le matériel roulant ainsi que le système de signalisation, Nexteo, sont des équipements de nouvelle génération d’une «très grande complexité technique». Alstom est parti d’une feuille blanche.

Deuxième casse-tête: le financeur du programme. Selon Alstom, IDFM a changé plusieurs fois les critères du cahier des charges, avec plusieurs avenants au contrat à la clé. Chaque demande nouvelle a entraîné des adaptations et donc des délais supplémentaires. Enfin, le programme – développement et essais – a subi le contrecoup de la crise sanitaire, qui a entraîné, dès mars 2020, des fermetures de sites, ainsi qu’une désorganisation dans l’écosystème de sous-traitants. Sans oublier les problèmes d’approvisionnement de matières premières, comme c’est le cas dans d’autres industries. «Le Covid est une excuse un peu trop facile», estime-t-on dans l’entourage de Valérie Pécresse.

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