la culture quasi absente de la campagne, comme d’habitude

 

« Il y a peut-être un manque d’idées. Emmanuel Macron reste très centré sur l’élargissement du pass culture pour les jeunes, mais on poursuit dans la même perspective », estime l’économiste Françoise Benhamou, spécialiste de la culture et des médias, interrogée par l’AFP. Quasiment oubliée dans les débats, la culture est peu évoquée par les candidats. « Il y a des propositions chez les candidats, mais pas vraiment de fil directeur ni de projets qui permettent d’envisager une politique culturelle réenchantée », ajoute-t-elle.

Dans sa conférence de presse du 17 mars, le président-candidat a aussi évoqué « l’aide à la création et aux artistes », promettant « une deuxième étape » de la commande publique, pour poursuivre l’appel à projets de 30 millions d’euros lancé pendant le Covid.

Suppression de la redevance audiovisuelle

Quant au grand chantier présidentiel de la Cité internationale de la langue française, au château de Villers-Cotterêts (Aisne), il devrait finalement ouvrir à l’automne, après un retard attribué au Covid. Comme ses rivaux d’extrême droite et de droite, Emmanuel Macron propose en outre la suppression de la redevance audiovisuelle, ce qui suscite de fortes inquiétudes chez France Télévisions et Radio France, notamment.

De leur côté, Marine Le Pen comme Eric Zemmour accordent la portion congrue à la culture dans leur programme, principalement abordée sous l’angle de la sauvegarde du patrimoine.

 

L’ancien polémiste de CNews souhaite aussi l’adaptation télévisuelle d’œuvres littéraires et de récits historiques. Une « culture Puy-du-Fou », le parc d’attractions vendéen de son ami Philippe de Villiers ? « Le Puy-du-Fou est le mélange entre la modernité et le génie français. On est souvent plus moderne en étant enraciné dans un passé qu’on connaît bien », loue le candidat Reconquête!.

À droite, Valérie Pécresse veut réduire la TVA à 5,5% sur tous les biens culturels, insiste sur l’éducation artistique et le patrimoine et propose « le premier musée national itinérant d’art contemporain et du design ». Mais, dans le même temps, la candidate LR n’entend pas augmenter le budget du ministère, à hauteur de quatre milliards d’euros (hors audiovisuel public) en 2022.

Augmenter le budget de la culture ?

La gauche promet quant à elle des augmentations. Comme le communiste Fabien Roussel, l’insoumis Jean-Luc Mélenchon souhaite porter le budget de la culture à 1% du PIB par an. Le candidat LFI veut étendre la gratuité à tous les musées ou l’amélioration du régime des intermittents. Pour l’écologiste Yannick Jadot, c’est un milliard d’euros supplémentaire par an et 25% du budget global dédié à la création.

La socialiste Anne Hidalgo propose de renforcer l’éducation artistique, en accueillant 10.000 artistes dans les établissements scolaires dès l’année 2023. Elle demande aussi que toutes les scènes publiques puissent recevoir « systématiquement et tout au long de l’année » des artistes en résidence.

 

Reste que les différentes filières s’inquiètent du peu de place accordé à leurs préoccupations dans cette campagne, notamment dans le secteur du livre, première industrie culturelle du pays. Le moment est pourtant crucial pour l’édition qui se prépare à un big bang, avec l’OPA promise par Vivendi (Editis), filiale du groupe Bolloré, sur Lagardère (Hachette Livre).

Côté spectacle vivant, le Prodiss, syndicat national du spectacle musical et de variété, interpelle les candidats sur les défis du moment comme l’articulation entre le spectacle « live » et l’influence grandissante des plateformes numériques, boostées par la crise du Covid.

14 milliards d’euros mobilisés depuis le début de la crise sanitaire

Au cœur de l’épidémie, « la culture a été très aidée », considère malgré tout l’économiste Françoise Benhamou qui juge le ministère « moins affaibli qu’à d’autres périodes ». Au total, près de 14 milliards d’euros ont été mobilisés en faveur du monde de la culture depuis le début de la crise sanitaire, selon des chiffres de la rue de Valois.

Certaines pratiques ont toutefois la vie dure, comme la volonté de l’Elysée de peser dans les nominations à la tête des grandes institutions culturelles. « On a eu un chef de l’Etat interventionniste. Il y a sans doute quelque chose à rééquilibrer, car ça a affaibli la ministre » Roselyne Bachelot, juge Françoise Benhamou.

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