Malgré le retour des visiteurs, les petits parcs d’attractions s’inquiètent pour leur avenir

Les familles ont retrouvé le chemin des montagnes russes cet été, mais la crise sanitaire a considérablement freiné les investissements, essentiels pour ces parcs qui accueillent 100.000 à 350.000 visiteurs par an.

Antoine Lacarrière est un homme heureux : le public est de nouveau au rendez-vous à la Mer de Sable. Halloween, qui couvre les deux dernières semaines d’ouverture de la saison, s’annonce comme un succès pour ce parc situé à Ermenonville (Hauts-de-France) à 45 minutes de Paris. Le parc d’attractions vient d’ailleurs d’être redécoré pour l’occasion, tout en respectant son thème historique, la conquête de l’Ouest.

Dans ce parc régional ouvert en 1963 par l’acteur Jean Richard, l’été fut plutôt bon, sans pour autant faire oublier les longs mois de fermeture qui l’ont précédé. Malgré une ouverture tardive -début juillet au lieu d’avril-, la Mer de Sable a accueilli 245.000 visiteurs sur les 340.000 qu’elle reçoit en moyenne en temps normal. Un score honorable après cette période creuse. «Les gens n’ont pas pu beaucoup voyager à l’étranger cet été et sont partis en France. Ils ont donc redécouvert les parcs régionaux à cette occasion», se réjouit Antoine Lacarrière, directeur du parc à thème dédié à la famille avec des attractions pour les 3 à 14 ans. À Fraispertuis City, dans les Vosges (Grand Est) les amateurs de sensations étaient également au rendez-vous cet été pour monter à bord des grands huit et autres «roller Coaster» (montagnes russes) dès la réouverture, si bien que le site avait dû limiter l’accès sur réservation pour réguler le nombre de visiteurs et éviter un afflux alors que la menace de l’épidémie planait encore.

Les difficultés du passe sanitaire

Malgré l’attrait des Français pour ces espaces de loisirs qui s’est manifesté à leur réouverture, le passe sanitaire est venu quelque peu ternir cette reprise. «Ce sont des petits sites où on décide souvent la veille ou le matin même de s’y rendre, contrairement aux parcs nationaux Disneyland Paris ou le parc Astérix qui sont de véritables destinations où on planifie sa visite», explique Arnaud Bennet, président du Syndicat national des espaces de loisir d’attractions et culturels (Snelac) et du PAL, un parc animalier et d’attractions situé en Auvergne-Rhône-Alpes. Tous les Français, en particulier les plus jeunes, n’avaient pas, en juillet, terminé leur schéma vaccinal, voire n’avait pas toujours pas reçu de première dose. Prendre un rendez-vous pour un test de dépistage pouvait également prendre du temps.

Résultat, à Fraispertuis City par exemple, «on a fait 16.000 visiteurs de plus que l’année dernière, soit 140.000 entrées. Mais cela reste très inférieur aux 280.000 de 2019», regrette Patrice Fleurent, directeur de ce parc créé par ses parents et qu’il gère avec ses sœurs. Pénalisé par ces obligations sanitaires, Fraispertuis a vu une partie de sa clientèle lui préférer Europa-Park en Allemagne qui ne demandait pas de passe.

Moins de visiteurs et donc moins de chiffre d’affaires. De quoi freiner les parcs dans leur développement. «Chaque année ces parcs investissent entre 10 et 20% de leur chiffre d’affaires. C’est essentiel pour créer de la nouveauté qui va attirer une nouvelle clientèle venue d’un peu plus loin et la fidéliser», analyse Arnaud Bennet du Snelac. Des montagnes russes flambant neuves pourraient ainsi attirer 20 à 30.000 nouveaux visiteurs, promet Patrice Fleurent qui avait justement prévu de lancer plusieurs nouvelles attractions dans les trois prochaines années.

Mais la crise sanitaire a stoppé net cet ambitieux projet. «Nous avions mis sur pied un plan d’investissement d’environ 10 millions d’euros avec dans un premier temps des manèges pour les plus petits en 2020, puis pour la famille en 2021 et ensuite pour les adolescents avec un nouveau grand huit en 2022. Les premiers ont pu voir le jour car les commandes avaient été passées avant la crise mais pour les autres tout, s’est arrêté alors que nous étions presque à la signature. Et maintenant, les banques ne veulent plus nous suivre», se désole le directeur de Fraispertuis. Sans ces nouveautés, il sait que l’objectif de 300.000 visiteurs en 2022 sera difficile à atteindre.

Aide à l’investissement

Outre le chiffre d’affaires en baisse, les parcs dont beaucoup se sont endettés pour faire face à la crise, savent qu’ils devront bientôt devoir rembourser leurs prêts garantis par l’État (PGE). «Le PGE a été très appréciable pour que les entreprises puissent continuer à payer leurs salariés et faire tourner leurs sites même fermés mais c’est de la dette et la durée pour la rembourser est extrêmement courte», pointe Arnaud Bennet.

À l’issue de la première année, les entreprises peuvent décider de rembourser immédiatement leur PGE, de l’amortir sur 1 à 5 ans supplémentaires, ou de mixer ces deux solutions. Mais ce délai est insuffisant pour le secteur des parcs d’attractions, selon le Snelac qui demande que le PGE soit «transformé en aide à l’investissement pour le secteur». «Au lieu de le rembourser, les entreprises pourraient investir au moins le montant de ce prêt dans un délai de quatre ans ou cinq ans», explique-t-il, rappelant que ces nouveaux projets engagés par les parcs profitent également aux entreprises locales et à l’emploi dans les régions où ils sont implantés. Autre solution évoquée par le Snelac : allonger à 15 ans le délai de remboursement.

Cette négociation devrait être au menu des rencontres entre les professionnels et le gouvernement pour dresser un bilan des deux dernières saisons et évaluer les besoins du secteur. En attendant, même s’ils vont fermer leurs portes pour l’hiver, les parcs vont continuer d’œuvre en coulisse pour renouveler et rénover leurs attractions avant de pouvoir faire à nouveau rêver leurs visiteurs.

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