Pourquoi l’État s’appuie sur les entreprises pour verser certaines aides

À la surprise des patrons, le gouvernement a délégué aux entreprises le versement de l’indemnité inflation. Ce n’est pas la première fois qu’il agit ainsi.

L’État ne versera pas directement l’indemnité inflation aux 11,1 millions de salariés du secteur privé qui y sont éligibles. Financée par les deniers publics, cette prime de 100 euros sera en effet accordée par l’intermédiaire des entreprises à leurs salariés sur leur fiche de paie de décembre.

Sous le quinquennat d’Emmanuel Macron, l’État s’appuie régulièrement sur les entreprises pour mettre en œuvre certaines mesures sociales. D’abord avec le prélèvement à la source de l’impôt sur le revenu, assuré depuis 2019 par l’employeur. Le gouvernement en appelle également aux patrons lorsqu’il s’agit accorder des primes exceptionnelles, exonérées de charges, à leurs salariés pendant des crises comme les Gilets Jaunes et le Covid. Et désormais pour assurer la mise en œuvre de l’indemnité inflation.

Contacté par Le Figaro, Bercy se contente d’affirmer que déléguer le versement de l’indemnité inflation aux entreprises s’avère «plus rapide et plus efficace». Sans davantage de justifications. L’État s’épargne ainsi un travail de logistique financière potentiellement fastidieux, après avoir déjà monté dans l’urgence de nombreux programmes d’aides économiques pendant la pandémie. Cette fois, aux entreprises de se remonter les manches.

«Sous-traitance» aux entreprises

Ces dernières éprouvent cependant le sentiment que l’État se décharge sur elle d’une partie de son travail. «Ce qui est fait par les entreprises n’est plus à faire par l’État», pointe le président de la confédération des PME (COMME) François Asselin, qui déplore une tendance à la «sous-traitance» de tâches d’État vers le privé.

Pour leurs salariés en revanche, ce mode de versement de l’indemnité par l’employeur offre plus de confort que d’autres aides sociales qu’il faut réclamer. Aucune démarche n’est attendue d’eux pour percevoir l’aide. En cas de problème, elles pourront directement se plaindre à leur hiérarchie, à qui échoit le «service après-vente» de l’indemnité inflation.

Cette nouvelle charge de travail à l’approche de fêtes de fin d’année cruciales dans de nombreux secteurs irrite les patrons. «Financièrement, verser l’indemnité inflation revient à avancer de l’argent alors que notre trésorerie est déjà sous tension. En plus, mettre à jour notre logiciel de paie risque de nous coûter de l’argent. Et ensuite, on devra gérer les réclamations de nos salariés insatisfaits», s’inquiète Fabrice Godefroy à la tête d’IDLP, une ETI de qui fournit des pièces détachées automobiles. Le ton du patronat demeure malgré tout relativement conciliant avec le gouvernement. Malgré quelques critiques, les syndicats patronaux Medef et Comme confirment qu’ils assureront le bon versement de la prime.

Les entreprises ne sont pas en position de dire «non»

«La crise et le quoiqu’il en coûte ont bouleversé les relations entre l’État et les entreprises. Elles ne sont pas en position de dire “non” à l’État, parce qu’elles se sentent redevables», observe la présidente de l’iFRAP (La Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques) Agnès Verdier Molinié. Selon Bercy, 240 milliards d’euros ont été mobilisés par les pouvoirs publics depuis mars 2020 pour protéger l’économie. 80 milliards d’euros de subventions, sous la forme de chômage partiel, d’exonérations de charge, de fonds de solidarité et 160 milliards d’euros de prêts.

Certains acteurs économiques doivent leur survie à cette injection massive d’argent public. Le groupe IDLP et ses 700 salariés ont bénéficié massivement des PGE et du chômage partiel. «Des aides cruciales», rappelle son président Fabrice Godefroy, reconnaissant en dépit de ses inquiétudes. «L’État nous a bien soutenus. Donc si on peut renvoyer l’ascenseur en s’occupant de l’indemnité inflation, faisons-le».

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