« Je ne peux pas vivre sans antidépresseurs, mais je vais bien »

INTERVIEW

« Le succès est une pommade, mais il ne guérit pas », explique Muriel Robin samedi sur Europe 1. La comédienne et humoriste est l’invitée de l’émission d’Isabelle Morizet, dans l’émission Il n’y a pas qu’une vie dans la vie. Elle évoque son hypersensibilité et la dépression qu’elle lui déclenche depuis plusieurs décennies, et le travail qu’elle fait pour apprendre à aller bien, en faisant avec, sans plus y chercher un remède dans le succès. « Quand on se met une pommade, ça va mieux. Mais le bobo est toujours dessous. Et quand il vient de la petite enfance, tout le monde peut bien le comprendre, la pommade qu’est le public ne suffit pas », analyse-t-elle, ajoutant qu’elle aimerait trouver un mot « plus beau et plus fort » que celui de pommade.

« La reconnaissance du public, c’est magnifique, ça fait du répit. Ça apaise, mais ça ne soigne pas le fond », appuie-t-elle. « Le public n’a pas remplacé ma famille. Il faut s’en occuper soi-même. Il faut mettre les mains dans le cambouis. Je trouve encore aujourd’hui des explications sur le pourquoi du quelque chose de profondément noir au fond de moi. Je parle de ces choses-là pour les gens qui se reconnaissent là-dedans, qui ont des blessures de la petite enfance qui remontent à un moment de leur vie. »

Avant le travail sur soi, c’est pourtant bien dans le travail que Muriel Robin a cru pouvoir trouver des solutions. « Je voulais faire du cinéma parce que je voulais une famille qui me prenne dans ses bras. C’est très enfantin, c’est très puéril. J’aurais pu faire n’importe quel film juste pour que l’on me dise ‘Toi, je te veux’. Je ne voulais pas être connue, je voulais être reconnue, dans ma sensibilité notamment », explique-t-elle. « Ça n’a pas été le cas. Donc c’est la personne que je suis. J’ai avancé seule. C’est écrit comme ça pour moi. J’ai ça en commun avec Anne, ma compagne. »

Je trouve bizarre qu’on puisse vivre normalement avec tout ce qu’il y a d’horrible sur cette planète »

« Je ne suis pas en train de me plaindre, je vais bien. Je vais beaucoup mieux qu’avant », assure l’actrice récompensée d’un Emmy Award en 2007. « C’est très clair avec moi : on lit en moi comme dans un livre ouvert. Et en plus, j’ai toujours tout dit. Donc on a bien vu quand j’allais bien, quand je n’allais pas bien, quand j’étais grosse, quand j’étais moyen-grosse, petite-un-peu-grosse, beaucoup grosse, cheveux courts, cheveux longs, etc. »

Malgré les traits d’humour qui même une distance pudique avec ses souffrances, Muriel Robin semble avoir fait la paix avec ses difficultés. « Je suis une dépressive, j’ai toujours eu ça en moi », reconnaît-elle sans détour. « Je suis sous antidépresseurs, je le dis, et ce sera toute ma vie. Je ne peux pas vivre sans antidépresseurs, mais je me sens normale. Ce sont les autres que je trouve bizarre. Je trouve bizarre qu’on puisse vivre normalement en se tapant tout ce qu’il y a d’horrible sur cette planète. J’ai essayé de faire sans les antidépresseurs, mais ça ne marche pas. Ça ne marche plus. »

 

Car c’est bien l’hypersensibilité de l’humour qui est selon elle à l’origine de sa dépression. Une maladie qu’elle a appris à dompter, plutôt que de la combattre. Notamment grâce à un médecin qui, lui expliquant qu’elle aurait sûrement besoin d’antidépresseurs jusqu’à la fin de ses jours, lui a demandé : « Et alors, où est le problème ? ». Une question rhétorique qui l’a apaisée.

 

« Je ne sais pas pourquoi je me disais que si je n’en prenais pas, c’est que j’allais bien. Il n’est pas question d’aller bien ou pas ! », assure aujourd’hui Muriel Robin. « On ne va pas changer sa sensibilité. Et moi, je serai toujours percutée par les choses insupportables du monde de la même manière. Sans les antidépresseurs, je vais dans le mur, je ne comprends plus rien au monde, c’est impossible. »

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