Sophie Pétronin, instrument dans le jeu diplomatique entre Paris et Bamako ?

EDITO

L’humanitaire franco-suisse Sophie Pétronin est repartie au Mali en mars 2021, quelques mois après avoir été prise en otage dans le pays. Accueillie à Villacoublay en octobre 2020 par le président Emmanuel Macron, l’humanitaire n’a pas hésité à retourner dans ce pays africain, où la gendarmerie vient tout juste d’ordonner très activement sa recherche. Sur Europe 1, Catherine Nay revient sur l’histoire de l’humanitaire franco-suisse et s’interroge sur les dessous d’une affaire diplomatique franco-malienne.

« Un incroyable feuilleton, un cas unique. L’humanitaire franco-suisse Sophie Pétronin, âgée aujourd’hui de 76 ans, a été enlevée par un groupe djihadiste terroriste. Elle a vécu trois ans et neuf mois dans le désert du Sahel. Son fils ne cessait de se plaindre publiquement des lenteurs de la France à la délivrer. Elle était très malade, disait-il, et craignait pour sa vie. La cellule de la DGSE était désormais concentrée pour ne pas la laisser tomber. La France était emplie de compassion pour elle et dès son arrivée, on n’avait plus envie de la plaindre ! On a vu une personne frêle, la tête couverte d’un voile, car elle s’était convertie à l’islam, sans doute pour amadouer ses geôliers.

Un retour annoncé

À peine le pied posé en France, elle prévenait qu’elle repartirait et son fils essayait de la calmer. Que d’énergie dans ce petit corps ! Elle racontait à Libération qu’elle avait été bien traitée, bien nourrie, avec de l’eau fraîche, et même du chocolat à Noël par ses ravisseurs. Sophie Pétronin les qualifiait de « groupe armé d’opposition », alors que ce sont des djihadistes terroristes qui commettent des attentats, auxquels l’armée française est confrontée tous les jours. D’ailleurs, ses propos avaient indigné le général Lecointre, le chef d’état-major.

Surtout que sa libération avec trois autres otages, dont un chef de l’opposition malienne, était assortie de celle de 200 prisonniers djihadistes. Des responsables d’attentats dans la région qui avaient été arrêtés par l’armée française, et le gouvernement français n’a pas eu son mot à dire sur cette négociation regrettable qui a d’ailleurs été très mal digérée par les militaires français, une partie de la classe politique et de l’opinion.

Que veulent les autorités maliennes ?

Puis, on a appris qu’elle était au Mali depuis le mois de mars. Parce qu’elle ne supportait plus la vie en Suisse, en famille : elle parlait même de suicide. Mue par sa passion humanitaire dévorante de sauver des orphelins au Mali, ce qu’elle a fait pendant 20 ans et aussi pour retrouver sa fille adoptive âgée de 19 ans, et faute d’avoir l’autorisation de la faire venir en Suisse, elle est repartie accompagnée de son fils en passant de Genève à Dakar. Elle a ensuite rejoint le Mali après trois jours de voyage en car et en moto-taxi. À son âge, et avec son gabarit ! Jean-Jacques Rousseau écrivait : « Défiez-vous de ceux qui vont chercher au loin des devoirs qu’ils dédaignent remplir chez eux ».

Le plus curieux, c’est que la gendarmerie malienne vient juste de donner instruction à toutes ses divisions de la rechercher très activement. Le communiqué la situe à Sissako, une zone dangereuse, alors qu’elle est à Bamako. Qu’est-ce qu’il y a derrière ? On comprend qu’elle est devenue un instrument dans le jeu diplomatique bien obscur entre Paris et Bamako. Que veulent les autorités ? L’expulser, puisqu’elle est en situation irrégulière ? Signaler aux djihadistes que leur monnaie d’échange est de retour ? L’Élysée parle d’irresponsabilité de cette dame. C’est peut-être même son égoïsme qui ne voit pas que pour sauver des enfants, elle met en danger la vie des militaires et de beaucoup d’autres. »

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