« Je n’ai pas envie de changer de métier, mais j’y suis contraint »

Lionel Gougelot (à Calais) et Jacques Serais, édité par Solène Leroux
14h44, le 04 novembre 2021, modifié à
17h09, le 04 novembre 2021

Est-ce qu’on se dirige vers une véritable bataille navale ? Pour les pêcheurs français, la situation est devenue tellement difficile que certains ont décidé d’arrêter leur activité et de vendre leurs bateaux. Installé à son poste de pilotage, Loïc Fontaine observe, résigné, la carte de cette zone de pêche en eaux britanniques, interdites depuis maintenant dix mois. « À cette époque-là, je devrais être de l’autre côté de la ligne médiane, c’est-à-dire dans les eaux anglaises. » À 45 minutes de mer seulement depuis Calais, il réalisait 50% de ses prises de bulot.

Un travail « à perte depuis un an »

Il est désormais limité aux eaux françaises, avec une ressource qui s’épuise et qui ne compense pas la perte de chiffre d’affaires. « On travaille déjà à perte depuis presque un an. Tous les mois, on perd entre 10.000 et 15.000 euros de trésorerie. Je vous laisse faire le calcul. Au bout d’un moment, c’est plus viable. » À cela, s’ajoute l’augmentation du gazole. Il a fallu baisser les salaires de l’équipage. Alors, le patron pêcheur jette l’éponge avec amertume. « Je n’ai fait que ça : j’ai commencé à 19 ans, j’en ai 45. Je n’ai pas envie de changer de métier, mais j’y suis contraint », se désole-t-il.

Le bateau de Loïc Fontaine. Crédit : Lionel Gougelot / Europe 1

 

 

La page est-elle définitivement tournée ? « Je n’ai plus qu’à signer pour la vente de mon bateau » confirme le pêcheur, non sans regrets : « J’ai investi de l’argent, j’ai embarqué des gars… » Un équipage qui se retrouve « dans la même galère » que Loïc Fontaine. « Avec un coup dur comme ça, je ne pense pas qu’ils ont encore le moral de faire ce métier-là. » S’il s’apprête à faire le deuil du grand large, le patron pêcheur espère encore qu’un accord franco-britannique permettra à certains de ses confrères patron-pêcheurs de survivre. Mais l’accord entre les deux pays se fait attendre. 

Ultimes négociations

Au point que certains se demandent s’ils doivent espérer de réelles avancées ou l’application de sanctions dans les prochains jours ? La balance penche plutôt pour la première option. Côté français, l’ultimatum qui prévoyait d’empêcher les navires britanniques de décharger leur cargaison dans nos ports a été reporté plusieurs fois cette semaine. Paris menaçait également de renforcer les contrôles douaniers des camions en provenance du Royaume-Uni. Avec l’annulation temporaire de ces menaces, la France veut faire preuve de bonne volonté. Le hic de taille, c’est que la France et le Royaume-Uni ont aujourd’hui un vrai problème de confiance mutuelle.

Clément Beaune va-t-il parvenir à convaincre le ministre britannique du Brexit ? Sauf coup d’éclat, le dernier mot dans ce conflit sera prononcé demain, lors d’une ultime réunion à la Commission européenne à Bruxelles. Reste à savoir si la capitale de l’Union européenne sera propice à la désescalade. Ce sera le moment de vérité, avance un conseiller qui poursuit « Si rien ne bouge cette fois, il faudra agir ».

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