Pénurie : comment vos achats en ligne et la Covid ont saturé les chaînes d’approvisionnement

Lorsque la pandémie de Covid-19 a frappé il y a presque deux ans, elle a
fait plus que fermer des bureaux, des entreprises et des frontières
nationales. Elle a également mis la chaîne d’approvisionnement mondiale à
rude épreuve, comme jamais auparavant.

Le balais complexe de cargos, camions, trains et avions qui alimente depuis
longtemps la mondialisation et la société de consommation n’était pas
préparé à ce que la pandémie allait lui infliger. Soudain, le système sur
lequel nous nous reposions pour acheminer les biens et marchandises à bon
marché et efficacement autour du globe a commencé s’enrayer.

Les signes tangibles sont partout, qu’il s’agisse de l’augmentation des
frais d’expédition, de l’allongement des délais de livraison (quand on
trouve quelque chose en stock, bien sûr) ou de la flotte de navires qui
attendent de décharger dans certains ports. La liste des causes est longue,
à commencer par la montée en flèche des achats en ligne. La pénurie
d’équipements et les mesures de distanciation sociale sur le lieu de
travail pèsent également, de même que la fermeture temporaire de certaines
installations.

Bateau cargo passant sous le Golden Gate – Getty

Zvi Schreiber est le fondateur et PDG de Freightos, une plateforme de
réservation numérique pour le fret mondial. Il explique qu’au début de la
pandémie, la plupart des acteurs du secteur s’attendaient à ce que les
consommateurs dépensent moins. Mais cela ne s’est pas produit, et la
croissance des achats d’une année sur l’autre à partir de 2020 (15% contre
3% attendus) a pris tout le monde de cours. « Toute la chaîne
d’approvisionnement internationale, le transport maritime, les ports, les
trains, les camions, n’avaient tout simplement pas anticipé ce genre de
marge de manœuvre
», explique-t-il. « Tout le système a été soumis à un
stress terrible. Lorsque les gens ont commencé à acheter plus de choses que
jamais auparavant, de nombreux éléments de cette chaîne se sont effondrés.

»

Que se passe-t-il ?

Une combinaison sans précédent de facteurs interdépendants est à l’œuvre.
La principale cause est qu’au lieu de dépenser leur argent en voyages,
divertissements et autres expériences, les consommateurs l’ont dépensé en
biens. Les chèques de relance (dispositif d’aides) liés à la pandémie ont également mis plus
d’argent dans leurs poches. Ces deux facteurs ont provoqué une explosion de
la demande dans tous les domaines, du mobilier aux équipements domestiques
en passant par les équipements sportifs, instruments de musique…

Au début de la pandémie, les usines et les ports d’Asie ont dû suspendre
leurs activités en raison de fermetures et de travailleurs malades. La
productivité s’en est trouvée ralentie et des problèmes se sont posés aux
points critiques où les marchandises sont transférées d’un maillon à
l’autre de la chaîne. Les vagues successives de Covid-19 ont provoqué des
arrêts de travail similaires. En août, par exemple, les terminaux à
conteneurs du port chinois de Ningbo ont été complètement fermés pour
maîtriser une épidémie de variant delta, et une installation de fret de
l’aéroport de Shanghai Pudong a dû être mise en veille.

 

 Conteneurs du Port de Long Beach, Californie – Getty

À mesure que la pandémie progressait, les ports des pays importateurs ont
également dû faire face à une pénurie de main d’œuvre en raison des arrêts
maladie. Les difficultés se sont répercutées dans les centres de
distribution, où les produits sont triés en vue de leur livraison finale,
ce qui a entraîné de nouveaux retards. Les lieux de travail ont dû mettre
en place des mesures de distanciation sociale pour assurer la sécurité des
employés. Bien que les perturbations dues à ces mesures soient généralement
temporaires, les entreprises ont dû modifier instantanément leur mode de
fonctionnement.

Au fur et à mesure qu’ils reprenaient leurs activités, les usines,
marchands et sociétés de transport ont eu du mal à répondre aux attentes
des consommateurs. D’un coup, la gestion à flux tendu est devenue
irréalisable.

Le boom des achats en ligne a rapidement congestionné tous les maillons de
la chaîne d’approvisionnement. La capacité des navires est devenue limitée,
et certaines zones commerciales ont souffert d’une pénurie de conteneurs.
Dans les ports, non seulement trop de navires arrivaient en même temps,
mais les installations portuaires manquaient également de place pour
stocker les conteneurs déchargés avant leur enlèvement. Et comme il n’y
avait pas de place pour stocker la cargaison d’un navire nouvellement
arrivé, celui-ci ne pouvait pas la décharger, même si un poste d’amarrage
était disponible.

Train de marchandises passant à Montbéliard, France – Getty

La congestion se répercute alors en aval. Les plateformes intermodales, où
les marchandises sont transférées du camion au train et vice-versa, ont
ressenti la pression. La pandémie a également fait payer un lourd tribut
aux camionneurs, qui jouent un rôle essentiel dans le maintien de la chaîne
d’approvisionnement car toutes les importations passent par un camion à un
moment ou à un autre. Les chauffeurs ont risqué leur santé pour assurer la
circulation des marchandises.

A quoi faut-il s’attendre ?

La pénurie de certains biens de consommation courants pourrait se
reproduire, mais elle ne devrait pas être aussi grave que lors des premiers
moments de la pandémie. Les problèmes de chaîne d’approvisionnement sont
une des causes de la pénurie, mais la propension de certains consommateurs à surstocker les
denrées l’est tout autant. En outre, notez que les achats de Noël risquent d’être
davantage affectés.

« Vous ne pouvez pas construire un porte-conteneurs en un jour ou même en
un an
», explique Zvi Schreiber. « Des investissements d’infrastructures
sur l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement sont en cours, mais cela
prendra du temps. Donc, la seule chose qui peut nous soulager à court terme
est effectivement si les consommateurs, peut-être après les fêtes, se
calment un peu dans leurs achats.
»

Pour l’avenir, les grandes questions sont de savoir si la chaîne
d’approvisionnement peut revenir à la « normale » et s’il y a même une
norme à laquelle revenir. Les dépenses de consommation reviendront un
jour ou l’autre aux voyages et aux loisirs, mais personne ne sait quand
cela se produira ni dans quelle proportion.

Des employés travaillant dans une usine de mise en bouteille – Getty 

La chaîne d’approvisionnement est une « très grande industrie, que vous
pouvez complètement ignorer lorsqu’elle fonctionne sans problème comme on
l’a fait pendant des années
», analyse Zvi Schreiber. « C’est quand la
mécanique se grippe que l’on réalise à quel point elle est cruciale.
»

À long terme, les entreprises pourraient également chercher à raccourcir
les chaînes d’approvisionnement en relocalisant une partie de la
production. Aux Etats-Unis, l’administration Biden encourage ce mouvement,
en particulier pour ce qu’elle considère comme des produits critiques,
notamment les technologies de l’information et des communications, la
défense nationale, la santé et les médicaments.

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Article de CNET.com adapté par CNETFrance


Image : Port of Oakland

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