Casse-tête chinois autour de Maje, Sandro, Claudie Pierlot et De Fursac

En pleine opération de restructuration financière, le conglomérat Shandong Ruyi a vendu une part importante de sa participation à des entités inconnues, faisant capoter le plan des créanciers.

L’imbroglio autour de SMCP continue. Le groupe de luxe accessible (marques Sandro, Maje, Claudie Pierlot et de Fursac) se retrouve au cœur d’une bataille entre son ancien actionnaire principal, le conglomérat Shandong Ruyi, et ses créanciers devenus entretemps propriétaires de parts du capital.

Obligation échangeable

La prise de contrôle par Shandong Ruyi avait été perçue il y a cinq ans comme une opportunité pour accélérer le développement de SMCP en Chine. Las, le groupe chinois est désormais fragilisé et en grandes difficultés financières. En septembre, sa filiale European TopSoho a fait défaut sur 250 millions d’euros d’obligations échangeables en actions. Ses créanciers – les fonds BlackRock, Carlyle, Anchorage, Boussard et Gavaudan, réunis dans un trust appelé Glas – se sont donc retrouvés en droit de convertir leurs obligations en actions, et de prendre ainsi 37% du capital. Pour ne pas passer le seuil de déclenchement d’une OPA, Glas choisit de récupérer 29% du capital fin octobre.

Dans le même temps, il obtient l’instruction d’une assignation en insolvabilité envers European TopSoho au Luxembourg. Le but ? Faire nommer un curateur, sorte d’administrateur judiciaire, qui serait chargé de vendre les actifs de European TopSoho, et donc sa participation de 16% dans SMCP.

En fait, Glas a alors pour projet de céder à cette occasion ses actions nouvellement récupérées, afin que 53% du capital de SMCP soit vendu (les 29% déjà détenus par Glas, les 8% possédés par European TopSoho mais nantis et les 16% non nantis possédés par European TopSoho). En effet, les créanciers ne souhaitent pas être durablement actionnaires de l’entreprise de mode. Et un bloc majoritaire (53%) est plus intéressant pour un acquéreur. La réussite de l’opération semblait acquise, des industriels et des fonds pouvant être intéressés par SMCP.

Pris de vitesse

Jeudi 4 novembre, c’est la surprise générale parmi les membres de Glas. SMCP publie un communiqué annonçant que European TopSoho a vendu ses 16% d’actions non nanties, au profit d’une ou plusieurs entités inconnues. Au sein du trustee, la surprise laisse place à la colère et l’inquiétude. Le projet de vendre 53% du capital a du plomb dans l’aile. Seul le bloc de 37% peut être facilement cédé.

Glas passe alors à l’attaque. « À la lumière des faits dont nous avons actuellement connaissance, il est possible que la cession présumée par European TopSoho soit illégale et préjudiciable à ses créanciers » précise-t-il par communiqué. Il lance une procédure judiciaire au tribunal de commerce de Paris. En attendant de se prononcer – l’audience est fixée au 23 novembre prochain -, le Tribunal bloque, le 5 novembre, le transfert de propriété des 16% du capital.

Par ailleurs, l’acquéreur mystérieux de ses parts n’a pas fait de déclaration de franchissement de seuil auprès de l’AMF (Autorité des marchés financiers), pourtant obligatoire pour l’acquisition d’une part du capital supérieure à 1%. N’y aurait-il donc pas un mais dix-sept acheteurs ? L’hypothèse laisse sceptiques les spécialistes.

Furieux de s’être fait doubler, Glas a également exigé la convocation d’une assemblée générale de SMCP, et les têtes de chacun des représentants de European TopSoho ou Shandong Ruyi au sein du conseil d’administration. De leur côté, les petits actionnaires de SMCP ont écrit une lettre ouverte au conseil d’administration de l’entreprise pour exiger des réponses sur les agissements de European TopSoho.

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