le marché surnage entre deux crises

Avec la crise sanitaire et la pénurie des puces électroniques, les entreprises vont de Charybde en Scylla mais gardent le cap en prolongeant leurs contrats de location longue durée ou en faisant appel à la moyenne durée.

Après une éclaircie de courte durée, le ciel s’assombrit à nouveau au-dessus de l’industrie automobile. À peine sortis de la pandémie du coronavirus, les constructeurs doivent affronter une pénurie de semi-conducteurs. Ces puces électroniques font cruellement défaut et leur absence grippe les usines quand la reprise économique est au rendez-vous. Les flottes n’échappent pas à cette nouvelle crise. Si les carnets de commandes sont pleins, les délais de livraison s’allongent, au point d’atteindre parfois six mois. «Les constructeurs privilégient les canaux de revente où les marges sont les plus importantes, constate Pierre Gerfaux, directeur automobile d’Accenture. Or celui des flottes est moins rentable et les constructeurs concentrent leurs efforts sur les autres segments de marché.»

En revanche, les acteurs de la location longue durée (LLD) se concentrent presque exclusivement sur la clientèle des entreprises. Or, ce mode de financement s’est affirmé comme une pratique résiliente. «Ce mode de financement et de gestion est adapté à l’usage des clients, explique Jérôme Conrad, président de LeasePlan France. Pour répondre à toutes les situations, nous avons pu raccourcir ou rallonger les contrats.»

● Le marché de l’occasion explose

Proposée par les loueurs de courte ou de longue durée ou encore par les constructeurs, la location moyenne durée a profité de la pénurie des semi-conducteurs pour prospérer. Elle permet de pallier l’allongement des délais de livraison. «Présente dans 31 pays, notre offre ALD Flex a connu un véritable succès», se félicite Gilles Bellemère, directeur général d’ALD Automotive France. Au-delà d’un mois, le locataire est libéré de tout engagement de durée et peut attendre sereinement la livraison d’un véhicule neuf en longue durée.

La crise des microprocesseurs pèse plus fortement sur les entreprises lorsque les véhicules sont étroitement liés à leur cœur de métier. «Un véhicule de fonction apparaît comme un élément de confort alors que le véhicule de service est crucial pour l’activité de l’entreprise, détaille Jérôme Conrad. Dans ces conditions, la maintenance proactive est essentielle pour atténuer les effets du rallongement des contrats de LLD.» Si l’allongement des contrats ne pénalise pas les loueurs longue durée, il pèse sur les constructeurs et sur les entreprises qui ne disposent pas des bons véhicules au bon moment. Mais le malheur des uns fait le bonheur des autres. Quand les ventes de véhicules neufs marquent le pas, le marché de l’occasion explose. Sans possibilité d’acheter un véhicule de première main, les particuliers et de plus en plus d’entreprises se tournent vers la deuxième main.

Selon les données de NGC-Data, au cours trois premiers trimestres de 2021, les volumes de ventes sur le marché de l’occasion ont augmenté 13,1 % par rapport à la même période de 2020 et de 5,2 % par rapport aux neuf premiers mois de 2019, année du précédent record. Cette année, il s’est vendu 3,6 véhicules d’occasion pour 1 véhicule neuf.

Le modèle économique des loueurs longue durée, filiales de banque, de constructeurs automobiles ou acteurs indépendants, repose en partie sur leur capacité à bien revendre leurs véhicules sur le marché de l’occasion. Ils fixent leurs loyers en fonction de plusieurs critères parmi lesquels la valeur résiduelle occupe une place essentielle. Exprimé en pourcentage, ce nombre traduit le rapport entre le prix du neuf et la valeur de revente. Avec un marché VO en surchauffe, les prix grimpent tout comme les marges des loueurs. Aujourd’hui, Arval gagne entre 600 et 900 euros sur la revente de chacun de ses véhicules.

La conjonction de la pénurie des semi-conducteurs et donc de véhicules neufs avec la reprise économique explique l’envolée de l’occasion. Cette embellie vient contredire les Cassandre qui prévoyaient une crise majeure provoquée par le «Dieselgate» et la désaffection des VO au gazole. «Les véhicules diesels qui arrivent aujourd’hui sur le marché de l’occasion ont été produits il y a cinq ou six ans, constate Gilles Bellemère. Or, la vente de ces véhicules ne présente pas de difficultés. Les particuliers qui ne peuvent pas acheter des véhicules neufs se tournent vers l’occasion et choisissent le diesel car ils doivent parcourir de longues distances. Nos véhicules d’occasion ont deux à trois ans d’ancienneté. Nous avons d’autant moins de mal à les écouler que nous avons diversifié nos énergies.»

● La crise du diesel n’a pas eu lieu

Le VO se prête également à la LLD. Cette pratique gagne du terrain auprès des particuliers comme des entreprises. Spécialiste de la LLD de VO, Roulenloc affiche des loyers défiant toute concurrence. Une Clio 5 Intens est proposée à 376 euros par mois lorsqu’elle est neuve contre 296 euros dans le cas de la deuxième main. Les contrats de location longue durée se négociant à quelques euros près, l’écart est significatif et propre à intéresser de plus en plus d’entreprises. Aujourd’hui, Roulenloc finance 2000 véhicules. Un chiffre encore modeste comparé au 1,76 million d’unités d’ALD Automotive et au 1,9 million de véhicules de LeasePlan à travers le monde. Pour renforcer encore leur position, les deux entités discutent d’un rapprochement qui donnerait naissance au numéro un mondial. CarNext, ancienne division de LeasePlan, pratique déjà la LLD de VO, tout comme ALD Automotive avec sa marque ALD Carmarket.

● Les flottes reculent

Avec la crise sanitaire et la pénurie de composants électroniques, le marché des flottes tangue mais ne sombre pas. L’Arval Mobility Observatory a compilé les données pour comparer les neuf premiers mois de 2021 à la même période de 2019. Le laboratoire d’idées de BNP Paribas exclut 2020, les confinements successifs et les arrêts de production et de livraison pendant de longues semaines ne permettant pas d’établir un comparatif probant. Sur les trois premiers trimestres de 2021, le marché des flottes (véhicules particuliers et utilitaires légers) accuse un recul de 7,85 % par rapport à la même période de 2019. Les ventes aux entreprises résistent mieux que le marché dans sa globalité dont le repli atteint 20,3 % à fin septembre. Selon les chiffres d’AAAA Data, pour les seuls véhicules particuliers, les flottes ont représenté 28,14 % des ventes totales quand ce pourcentage plafonnait à 21,8 % en 2017. Avec les utilitaires légers, la part des entreprises grimpe à 36 % en 2021, soit plus d’une vente sur trois.

● De la voiture au vélo de fonction

Dans ce panorama, les constructeurs français occupent une place centrale. Sur le seul segment des véhicules particuliers, Peugeot, Renault et Citroën occupent les trois premières places du podium avec des parts de marché respectives de 26, 20 et 11 %. Les volumes du Lion augmentent de 22 % par rapport à 2020, ceux du Losange baissent de 3 % et ceux des Chevrons croissent de 23 %. De janvier à septembre, les trois marques tricolores ont représenté 57 % du marché des flottes en France. Les entreprises ont davantage la fibre nationale que les autres acheteurs puisque seulement 47 % de la totalité des achats se portent sur ces trois constructeurs.

Français ou étrangers, les constructeurs sont portés par le phénomène des SUV. Ces carrosseries ont désormais détrôné les berlines dans le cœur des entreprises et de leurs collaborateurs. Depuis le début de l’année, ces silhouettes surélevées ont mobilisé 45 % des ventes d’automobiles auprès des professionnels contre 42 % pour les berlines. En 2017, leur part n’atteignait que 32 % quand les berlines gardaient le même niveau de 42 %. Toujours entre 2017 et 2021, la part des monospaces est passée de 9 à 2 % et celle des breaks, de 11 à 8 %.

Si quel que soit le type de carrosserie, les entreprises font encore la part belle à l’automobile, de nouvelles mobilités commencent à s’inviter. Covoiturage, autopartage, vélo et crédit de mobilité gagnent du terrain et figurent en tête des priorités d’avenir des loueurs longue durée avec l’électrification. Avec une moyenne d’âge faible et des pratiques à la pointe des tendances, les grands cabinets de conseil ouvrent la voie. C’est le cas du BCG, qui propose des vélos de fonction à ses salariés depuis juin dernier. «Dans Paris, jeune et sans enfant, le besoin d’une voiture ne se fait pas sentir, explique Matthieu Gombeaud. Dans ces conditions, les salariés ont davantage besoin d’un vélo que d’une voiture de fonction.» De quoi faire réfléchir les constructeurs automobiles. Seat a ainsi pris les devants en lançant une offre de mobilité inédite associant une voiture, un scooter électrique (équivalent 125 cm3) et une trottinette électrique.

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