Quel est l’intérêt du numéro d’appel d’urgence unique adopté par les députés ?

INTERVIEW

« Un texte fondateur de la sécurité civile de demain » : le Parlement a adopté, mardi, définitivement et avec un rare consensus, une proposition de loi qui dépasse les clivages partisans avec à la clef une batterie de mesures en faveur des pompiers et l’expérimentation d’un numéro d’appels d’urgence unique. L’objectif du texte porté par le député LREM Fabien Matras est de réformer la chaîne de secours, une proposition qui fait consensus même si une mesure comme la création d’un « 911 » à la française, en remplacement du 15, 17 et 18, provoque des crispations chez certains soignants.

Trois formules à l’essai

Après une dernière adoption au Sénat, l’Assemblée nationale a validé en début de soirée cette proposition de loi qui répond à de vieilles revendications des soldats du feu, avec un vote unanime des 123 députés présents dans l’hémicycle. Ce numéro unique a été vilipendé par les « blouses blanches » comme étant « une perte de chance » pour les malades, avec en toile de fond la crainte que ne soit remise en cause la prééminence de l’expertise du médecin. Or si les urgentistes défendent l’usage du « 15 », les pompiers considèrent que les pratiques actuelles ont de plus en plus tendance à les réduire à un rôle d’ambulanciers, ce qui ne relève pas de leur mission première.

Députés et sénateurs semblent donc avoir trouvé un point d’équilibre en commission mixte paritaire (CMP) avec certes l’expérimentation sur deux ans d’un numéro unique d’appel d’urgence, mais également de deux autres modèles : un rassemblement sans « police-secours » (du 15 et du 18) et un regroupement du Samu (le 15) et des médecins de garde, le SAS. 

Invité sur Europe Midi mercredi, Olivier Richefou, le président du conseil départemental de la Mayenne et de la Conférence Nationale des Services d’Incendie et de Secours (CNSIS), a estimé que l’expérimentation de ces trois formules est « une excellente idée ». « Cela va permettre de choisir la meilleure option, mais elle sera nécessairement autour du numéro unique qui est une urgence absolue puisque nous sommes le seul pays en Europe à ne pas l’avoir encore adopté », a-t-il jugé. 

Faciliter les démarches des citoyens et des secours

Selon lui, ce dispositif va permettre de simplifier les démarches pour l’ensemble de la population. « C’est plus facile pour tout le monde. Quand vous allez à l’étranger, vous recevez un texto de votre opérateur mobile qui vous donne tout de suite le numéro à faire en cas d’urgence dans le pays où vous arrivez. Donc pour tous les citoyens, avoir en cas de stress un seul numéro en tête ça facilite l’appel mais aussi l’organisation des secours. »

Avec 80% de non-professionnels chez les 250.000 sapeurs-pompiers, le modèle français de sécurité civile est unique en Europe en tirant sa sève de l’engagement volontaire de milliers de femmes et d’hommes. Mais celui-ci tend à s’éroder et le texte de loi cherche donc à trouver la parade. « Un effort important va être fait [pour les entreprises] car notre modèle de sécurité civile repose sur les pompiers volontaires donc il est important d’accompagner les employeurs », a poursuivi Olivier Richefou. « J’observe d’ailleurs que les très grandes entreprises sont aujourd’hui parfaitement partenaires, que des engagements sont pris et offrent la possibilité aux salariés qui sont pompiers volontaires d’avoir des jours de formation et des jours d’absence autorisés pour accomplir cet accompagnement civique indispensable pour notre territoire. »

Dans un sens conforme aux revendications, la proposition de loi réforme enfin les « carences ambulancières », à savoir les missions non urgentes attribuées aux pompiers. La mesure devrait par ailleurs se traduire par des économies substantielles pour les services départementaux d’incendie et de secours (Sdis).

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