avec le variant Omicron, l’épineuse question des créneaux aéroportuaires ressurgit

Lufthansa doit maintenir 18.000 vols à vide cet hiver pour pouvoir les conserver. Déjà confrontée à cette situation en 2020, l’UE avait temporairement assoupli les règles.

Après deux années sous le sceau du Covid, l’histoire se répète. La compagnie aérienne allemande Lufthansa, qui a déjà supprimé plus de 30.000 vols cet hiver (10% du total), en maintient 18.000 autres… presque à vide, pour conserver ses créneaux aéroportuaires. C’est ce qu’a déclaré son PDG Carsten Spohr au Frankfurter Allgemeine Zeitung, le 23 décembre. Une situation ubuesque, qui avait déjà été vivement critiquée en 2020 lorsque l’intégralité des flottes des compagnies aériennes avaient été clouées au sol par la première vague de Covid-19.

Cette fois-ci, le variant Omicron est à l’œuvre, plombant le trafic : personnels malades, restrictions sanitaires, peur de voyager… Samedi, plus de 4700 vols étaient annulés dans le monde ; dimanche à la mi-journée on en comptait déjà 3000 selon le site FlightAware. Le week-end de Noël, il y en avait eu environ 8000. Pourtant, malgré ces annulations en cascades, certains avions voleront bien, mais sans passagers.

De 80% à 50% pendant l’été

Car en Europe, si les compagnies aériennes n’utilisent pas au moins 80% de leurs créneaux de décollage ou d’atterrissage – appelés «slots» – , elles les perdent l’année suivante, d’où ces vols fantômes. Après moult protestations – à commencer par celle du ministre de l’Économie Bruno Le Maire -, l’Union européenne avait suspendu cette règle du 30 mars au 24 octobre 2020. Puis elle l’avait de nouveau mise entre parenthèses du 15 février à l’été 2021. «Les compagnies aériennes auront désormais la possibilité de restituer 50% de leurs séries de créneaux horaires avant le début de la saison d’été 2021, mais elles devront utiliser au moins 50% des créneaux horaires restants pour pouvoir les conserver», précisait à l’époque un communiqué de la Commission européenne. Pourrait-elle à nouveau le faire à l’aune des récentes annulations de vols ? Oui, selon le même communiqué, qui anticipait déjà cette possibilité. La Commission a le pouvoir de fixer des seuils cet hiver et cet été (compris entre 30 et 70%). Ce que souhaite Lufthansa.

L’an dernier, l’UE avait motivé sa décision par la chute brutale du trafic. «Lever la règle du ‘créneau utilisé ou perdu’ jusqu’en octobre contribuera à atténuer le lourd impact économique que subissent les compagnies aériennes et leur apportera une certaine sécurité pendant toute la saison d’été», avait alors expliqué le ministre croate de la mer, des transports et des infrastructures Oleg Butković, dont le pays assurait la présidence semestrielle de l’UE. Aujourd’hui encore, le trafic aérien est en berne : en novembre, celui du Groupe ADP (Roissy, Orly, Le Bourget…) progressait de 10,5 millions de passagers par rapport au même mois l’an passé, mais ne représentait que 68% de celui de 2019.

Argument environnemental

Aux enjeux économiques s’ajoutent évidemment des questions environnementales. Le fait de faire voler inutilement des avions «nuit au climat et c’est exactement le contraire de ce que la Commission européenne veut atteindre avec son programme ‘Fit for 55’», avait rappelé le PDG de Lufthansa le 23 décembre. L’UE s’est en effet fixé pour objectif d’atteindre la neutralité carbone d’ici 2050. Étape intermédiaire : la réduction d’au moins 55% des émissions de CO₂ d’ici 2030. Selon l’Agence européenne pour l’environnement en 2019, l’aviation internationale représentait 3,4% des émissions totales de gaz à effet de serre de l’UE en 2017. Loin d’être le premier transport pollueur, c’est du moins celui dont les émissions de gaz à effet de serre ont le plus progressé : +129% entre 1990 et 2017.

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