François Perigot, ancien « patron des patrons » au CNPF

DISPARITION – Président de l’ancêtre du Medef de 1986 à 1994, il est décédé le 7 janvier à l’âge de 95 ans.

« Il faut que vous me trouviez un job pour les dix ans qui viennent ! », avait-il lancé le jour de ses 80 ans à son ancien secrétaire général, Denis Zervudacki, resté jusqu’au bout très proche. François Perigot, qui fut le dernier président du CNPF, de 1986 à 1994, avant la transformation de l’organisation patronale en Medef, a toujours eu le goût de l’action chevillé au corps. « Il avait gardé toute sa tête », admire l’ex-bras droit, aujourd’hui président du cabinet Zerphilia, qui lui avait remis avant Noël son Dictionnaire amoureux des entreprises et des entrepreneurs. De quoi faire pétiller l’œil du nonagénaire qui aima tant cet univers auquel il consacra sa vie.

François Perigot est décédé le 7 janvier à l’âge de 95 ans. Ses obsèques seront célébrées mercredi dans sa paroisse d’Auteuil (Paris 16e) en présence de sa famille, mais aussi des membres du Parcours Perigot, une trentaine de chefs d’entreprise qui soutenaient le groupe de réflexion « La sagesse chrétienne : un enjeu pour l’entreprise », qu’il anima pendant dix ans, après une sollicitation du Vatican. Temps fort de l’aventure : ce 17 mai 2017 où il remit au Saint-Père, accompagné de ses acolytes dirigeants, le livre éponyme fruit de leurs travaux sur la démarche managériale.

Tropisme européen

Éthique, consensus, discrétion, conviction ont été les mots-clés de l’existence de l’ancien lycéen de Bastia qui voulait devenir fonctionnaire, mais qui finalement après le droit et durant ses études à Sciences Po trouva son premier job à la Fédération patronale de la dentelle. Le collectif, déjà… Un père militaire devenu industriel, une mère corse, catholique et conservatrice, aimant peinture et comédie musicale, le Lyonnais de naissance a aussi le goût du grand large, dans tous les sens du terme. Il rallie vite la multinationale Unilever, dont il devient patron de l’Espagne puis de la France. Il pilotera par la suite la Compagnie du plâtre.

Parallèlement, il préside l’Institut de l’entreprise et vice-préside l’Union des confédérations de l’industrie et des employeurs d’Europe (Unice), dont il prendra plus tard la présidence. Syndicalisme patronal et Europe, de quoi combler celui qui, en 1986, succède à Yvon Gattaz à la tête du Conseil national du patronat français, le CNPF. Diplomate, discret, humaniste, libéral et Européen dans l’âme, il se pose en homme de la situation durant les deux mandats qui lui sont confiés. « Son action a laissé une empreinte forte sur notre organisation », salue le Medef, dont le président, Geoffroy Roux de Bézieux, est membre du… Parcours Périgot. « Homme d’engagement, auteur d’un manifeste intitulé “Décrochons les étoiles”, c’est sous son impulsion que le CNPF est devenu proeuropéen. » C’est notamment à son initiative que fut lancé le premier sommet des patronats en amont des sommets des chefs d’État de l’UE, inspirant la tenue des G7 et G20. Tout comme la création de CNPF International, devenu Medef International, qu’il présida de 1997 à 2005, ouvrant de nouveaux marchés aux entreprises françaises.

Homme de consensus

En France, le patron des patrons a aussi favorisé les ­réformes structurelles en termes de fiscalité, de protection sociale, de législation commerciale, d’investissement technologique et d’éducation. « Il a été précurseur dans beaucoup de domaines », rappelle Denis Zervudacki. Regard profond surmonté de sourcils broussailleux et de lunettes demi-lunes, l’homme, amateur de tennis, de golf et d’équitation, était affable et rassembleur. Il s’efforça notamment d’apaiser les tensions lors des luttes intestines qui agitèrent le CNPF. Pendant la cohabitation, il avait soutenu la politique économique du ministre Pierre Bérégovoy en matière de défense du franc et de lutte contre l’inflation, tout en fustigeant les charges qui pesaient sur les entreprises.

Après son départ, en 1994, Perigot avait pris la présidence de l’Unice, devenue Business Europe. Et, siégeant à la Commission mondiale sur la dimension sociale de la mondialisation, avait participé à l’élaboration du rapport « Une mondialisation juste : créer des opportunités pour tous », présenté à l’Organisation internationale du travail en 2004. Le souci d’apporter sa pierre au progrès, toujours et partout… L’infatigable ambassadeur des entreprises, qui siégea à différents boards et promu au grade de commandeur de la Légion d’honneur, avait aussi reçu nombre de médailles à l’international.

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