le philosophe Pierre Manent dresse le portrait d’une gauche divisée

Manon Fossat
08h35, le 31 janvier 2022, modifié à
09h15, le 31 janvier 2022

La Haute autorité de Contrôle du Vote a dévoilé ce dimanche les résultats du vote de la primaire populaire. Christiane Taubira arrive en tête, devant Yannick Jadot et Jean-Luc Mélenchon (LFI). Sur Europe Matin lundi, le philosophe Pierre Manent a estimé que le la gauche n’a plus de socle et a constaté « l’affaissement » de ce parti.INTERVIEW

Les résultats du scrutin de la primaire populaire a été dévoilé ce dimanche, au terme de trois jours de vote. C’est la candidate de la gauche Christiane Taubira qui arrive en tête
, devant Yannick Jadot, Anne Hidalgo et Jean-Luc Mélenchon. Invité sur Europe Matin lundi, le philosophe Pierre Manent est revenu sur l’état de la gauche et a constaté « l’affaissement du parti socialiste » et « la disparition de la référence socialiste » des rangs de la gauche française.

« Ce mouvement était une des grandes composantes de la vie européenne qui a porté des générations d’ouvriers, d’intellectuels et de citoyens. La perplexité pathétique dans laquelle se trouve le mouvement socialiste est liée au fait que le sol lui manque sous les pieds », a-t-il estimé. « Ce que l’on appelle encore la gauche se retrouve sous deux formes aujourd’hui : d’une part la recherche d’un nouveau peuple du côté de la France insoumise. Et de l’autre un mouvement éco-féministe déconstructioniste. » Ce mouvement, Pierre Manent l’apparente à l’idéologie de l’état de nature, en référence à Jean-Jacques Rousseau et au traité Du contrat social.

« L’idéologie de la table rase »

Pour le philosophe, Jean-Luc Mélenchon est en effet à la recherche d’un nouveau peuple. « Il le cherche du côté des populations racisées, opprimées, colonisées et décolonisées. La stérilité de cette démarche à mes yeux est que le socialisme originel partait du mouvement-même de la société capitaliste, moderne, scientifique et technologique, et là c’est une démarche totalement arbitraire », a-t-il estimé. 

Quant au mouvement qu’il appelle « éco-féministe déconstructioniste », il a assuré que s’il n’a pas de perspective électorale très considérable, il a par ailleurs une grande influence sociale. « C’est l’idée qu’il faut remettre la société à plat, la dissoudre et la défaire dans ses éléments constitutifs comme les volontés individuelles et faire en sorte que jamais un lien n’échappe au consentement individuel. »

« C’est l’idéologue de la table rase ou de l’état de nature », a encore estimé Pierre Manent. « Le consentement est essentiel, mais on ne peut pas fonder une société si on refuse des engagements et des liens collectifs. »

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