En appelant à une évolution des mathématiques, Blanquer fait-il marche arrière ?

Nicolas Beytout
13h20, le 08 février 2022, modifié à
13h52, le 08 février 2022

EDITO

Il répondait à une polémique née à bas bruit il y a quelques semaines et qui a brutalement pris de l’ampleur avec les alertes lancées par plusieurs associations de matheux et autres sociétés savantes. Ce qu’elles dénoncent, c’est l’effet catastrophique, selon elles, de la réforme du Bac, avec l’effondrement de l’enseignement des mathématiques en première et en terminale
. Et facteur aggravant, avec une diminution spectaculaire du nombre de filles dans cette filière, l’équivalent de l’ancienne filière S. C’est un fait, lorsqu’ils ne choisissent pas les maths comme matière de spécialité, les élèves voient cette discipline s’effacer largement de leur emploi du temps, pour ne plus représenter parfois qu’une heure par mois.

C’est également un fait qu’en deux ans d’application de la réforme, les filles sont passées de près de 50% des effectifs dans les classes de S à environ 40% dans les classes équivalentes aujourd’hui.

Jean-Michel Blanquer conteste un recul de cette discipline

Son argument en substance : oui, il y a moins d’élèves qui suivent un enseignement renforcé des maths, mais ceux qui le font sont plus motivés, et ils sont meilleurs. Donc c’est gagnant. Il fait aussi remarquer que les élèves qui se destinent à faire médecine ne se tournent plus forcément comme avant vers les maths renforcées, mais vers SVT renforcé. Mais ça ne règle pas la question de tous les autres, ceux qui ne choisissent pas les maths comme discipline de spécialité et qui n’ont plus en terminale que deux heures par semaine d’enseignement scientifique. C’est là où est le problème.

Une évolution possible de l’enseignement des maths

Faire évoluer signifie que dans ces deux heures hebdomadaires, il ne faut pas sacrifier les maths à la physique-chimie ou aux SVT. Parce que Jean-Michel Blanquer n’est pas le seul responsable de cette situation. S’il n’y a quasiment plus de mathématiques pour les élèves qui n’ont pas cette fameuse bosse des maths, c’est aussi puisque les profs de maths ont délaissé cet enseignement, chaque fois que les profs de SVT pouvaient l’assurer.

Et s’il y a moins de filles
, c’est aussi car, de l’avis de la plupart des observateurs, celles-ci ne seraient pas sûres d’elles, et avant même d’essayer, renonceraient à affronter ce qui apparaît comme une spécialité ardue. C’est une tendance très difficile à mesurer précisément, mais ça dit une chose : comme souvent en mathématiques, on est face à une équation à plusieurs inconnues. Est-ce un recul de la part du ministre de l’Éducation nationale ? C’est en tout cas une rectification de frontières.

Une manière de désamorcer ?

Oui, parce que nous sommes en période pré-électorale et que n’importe quel sujet peut tourner au vinaigre. Oui, car les messages d’alerte ont largement dépassé le petit milieu des spécialistes de la pédagogie : on commençait à voir dans ce recul des maths une illustration de davantage de déclin de la France. Valérie Pécresse
s’est emparée du sujet, le patronat aussi, en faisant remarquer que la France a besoin d’ingénieurs et que négliger les maths serait une insulte à l’avenir. Il faut dire que c’est difficile d’avoir en même temps un président de la République qui encense la France industrielle et ses ingénieurs, et un système scolaire qui déclasse, même involontairement, les maths.

Et enfin, oui il a eu raison de rectifier les frontières parce que, déjà déstabilisé par les batailles sur le protocole sanitaire dans les écoles
et la polémique sur ses vacances en Espagne, Jean-Michel Blanquer
doit absolument mettre fin à cette spirale qui risque, dans le bilan du quinquennat, de faire passer son action sur l’école de la colonne des plus à la colonne des moins. Encore une histoire de mathématiques.

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