le ralliement de Woerth à Macron, un coup dur pour Pécresse

EDITO

Un ralliement qu’Europe 1 avait pressenti il y a une dizaine de jours
: l’ancien ministre du Budget puis du Travail sous le quinquennat Sarkozy, Éric Woerth, a décidé de soutenir Emmanuel Macron
pour la prochaine présidentielle
, alors que le président sortant ne s’est pas encore déclaré officiellement candidat. Pour l’éditorialiste Nicolas Beytout, cette annonce d’Éric Woerth constitue un coup dur pour LR et sa candidate Valérie Pécresse.

Woerth, l’un des plus affutés sur les questions budgétaires

Le ralliement d’Éric Woerth à Emmanuel Macron est une prise de choix. Woerth est président de la Commission des finances de l’Assemblée nationale, il fait partie des parlementaires les plus affutés sur les questions budgétaires, comme en atteste son passage comme ministre du Budget (et plus brièvement du Travail) de Nicolas Sarkozy.

Mais surtout, Éric Woerth, c’est une voix raisonnable et réfléchie au sein de la droite républicaine. Depuis que la rumeur de sa défection avait été lancée sur cette antenne, j’avais interrogé plusieurs de ses camarades du parti. Tous disaient : c’est un grand blessé de la politique, il en a marre, il veut prendre du champ. Raté, il repart au contraire pour un tour, et ce serait étonnant qu’il reste inerte lors d’un possible second mandat d’Emmanuel Macron.

Un ralliement à quatre jours du grand meeting de Pécresse

Cette prise de choix est un coup dur pour Valérie Pécresse. À quatre jours de son grand meeting, ce moment important qui doit lancer (ou relancer) l’ascension de la candidate des Républicains vers l’Elysée, c’est sûr que ça fait mal. Incontestablement, le travail de sape mené par Emmanuel Macron contre la droite républicaine continue de faire des dégâts. Son objectif est clair : faire exploser le parti de Valérie Pécresse comme il a fait exploser la gauche il y a cinq ans.

Au gouvernement, cette entreprise de démolition est joliment appelée travail de reconstruction de la scène politique française. À gauche, on voit bien que le terrain est dévasté : il n’y a, dans les sondages du moment, qu’un seul candidat à 9 ou 10% des intentions de vote, Jean-Luc Mélenchon. Tous les autres sont en-dessous de la barre fatidique de 5% des voix (ou juste à la limite, par exemple pour Yannick Jadot). Le grand parti historique que fut le parti socialiste se traîne avec une candidate mal-aimée à un pénible 3%. Pire, pour la première fois depuis les années 70, le Parti communiste est même en position de repasser devant les socialistes. Pas de beaucoup (il pointe à 4%), mais tout de même, quel symbole.

Pourquoi Macron cible LR, et se désintéresse du RN ou de Zemmour

Les droites restent tout de même beaucoup plus vaillantes. Il faut dire « les droites » car il y a la droite républicaine, avec le bien nommé parti Les Républicains, et il y a les deux droites nationales, celle de Marine Le Pen et celle d’Eric Zemmour. Ces deux droites-là n’intéressent pas Macron. Sa cible, c’est LR, c’est-à-dire cette droite qui avait survécu aux défections terribles d’Edouard Philippe, de Bruno Le Maire ou de Gérald Darmanin, il y a cinq ans. Et son point d’entrée, c’est la fragilité de la construction rassemblée derrière Valérie Pécresse.

Cela fait des années que cette droite-là se divise sur la question de l’immigration, appelons-là la droite Ciotti, et sur une vision libérale et européenne de la politique, appelons-là la droite Pécresse. Le pari d’Emmanuel Macron, c’est d’affaiblir LR (par exemple à coup de débauchages) en espérant qu’une nouvelle défaite électorale de ce grand parti le ferait exploser, exactement comme le PS avait explosé. C’est comme ça qu’il faut lire l’opération Woerth.

Une possible reconstruction du schéma politique français

Dans l’hypothèse où LR explose, la droite Ciotti se retrouverait à flirter avec les droites nationales, et la droite Pécresse ferait la même traversée qu’Eric Woerth ou se retrouverait dans une droite-croupion. Alors évidemment, tout ça est encore très hypothétique, et dépend largement de qui sera au second tour de la présidentielle, et de quelle majorité le président élu aura ensuite à sa disposition.

Mais le schéma est clair : comme le dit un des principaux ministres d’Emmanuel Macron, la reconstruction du schéma politique français, c’est, à la place des grands partis traditionnels et d’une opposition droite-gauche, la constitution de trois blocs : un bloc nationaliste, un bloc décroissant (soit les extrêmes) et au milieu, un vaste centre qui oscille entre libéralisme et social-démocratie. Aucun doute, les grandes manœuvres vont secouer.

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