Valérie Pécresse critiquée pour avoir parlé de «grand remplacement»

Alexandre Chauveau, avec AFP
18h58, le 14 février 2022, modifié à
19h27, le 14 février 2022

Valérie Pécresse
 (LR) a dû s’expliquer lundi sur son emploi de l’expression complotiste de « grand remplacement », très marqué à l’extrême droite, qui illustre la difficulté de la candidate LR à la présidentielle pour réunir toutes les sensibilités de la droite.

« Valérie Pécresse et la droite ont usurpé leur nom, franchi la dernière limite »

« Face à ces questions vitales » qui attendent la France, « pas de fatalité, ni au grand déclassement ni au grand remplacement », avait affirmé la candidate lors de son premier grand meeting de campagne, critiqué autant sur la forme que sur le fond, dimanche au Zénith à Paris. La formule a immédiatement été pointée du doigt à gauche : « C’est un Rubicon de plus qui est franchi par la droite », a estimé la candidate socialiste Anne Hidalgo. « Valérie Pécresse et la droite ont usurpé leur nom, franchi la dernière limite », a tweeté Christiane Taubira.

« Valérie Pécresse fait le choix de plagier l’extrême-droite », a estimé la députée communiste Elsa Faucillon, tandis que Clémentine Autin (LFI) condamnait « le grand remplacement de la droite par l’extrême droite ». L’association SOS Racisme a, elle, dénoncé des propos « pas dignes d’une prétendante majeure à la présidence de la République ». Valérie Pécresse a tenté une explication lundi matin sur RTL : « Ça veut dire que je ne me résigne pas justement aux théories d’Éric Zemmour et aux théories de l’extrême droite, parce que je sais qu’une autre voie est possible »

Quant à la réalité du phénomène, elle a estimé qu' »il y a aujourd’hui en France des zones de non-France, mais je ne me résigne pas à ce grand remplacement ». « C’est quelque chose que je dis depuis des mois, donc je ne comprends même pas la polémique », a-t-elle ajouté. Selon sa porte-parole Agnès Evren, « elle a réfuté cette théorie ». « Etre français, c’est partager l’amour de la France, les valeurs, pas de savoir si on est blanc, noir ou métissé. Qu’il y ait une concentration d’immigrés dans certains quartiers est une réalité, ça ne veut pas dire qu’il y a ait un grand remplacement ni que la France ait changé de visage », a-t-elle affirmé sur RFI.

Le politologue Pascal Perrinneau souligne lui aussi « une lecture un peu biaisée, car à aucun moment elle ne se rallie à cette théorie ». Mais la candidate a beaucoup évoqué l' »ordre » dans son discours dimanche, parlant de « croisée des chemins » ou de Français « de papier ». 

« Ambiguïté »

Valérie Pécresse avait déjà utilisé en novembre cette expression renvoyant à la théorie complotiste d’un « grand remplacement », organisé par les élites, de la population européenne par des immigrés non européens. Pour son indulgence avec cette notion, Eric Ciotti s’était attiré des critiques à l’automne. Le député des Alpes-Maritimes, qui a fait environ 40% des voix lors de la primaire LR, a estimé lundi que « ces deux menaces » que sont « le déclassement économique et le changement identitaire » sont des « sujets majeurs » pour les Français.

« Les commentateurs peuvent s’en étonner, nier la réalité mais les Français mesurent au quotidien cette réalité », a-t-il ajouté sur BFMTV. Son de cloche similaire pour Bruno Retailleau sur Public Sénat : « On marche sur la tête. Il faut lutter contre la police de la pensée médiatique ou politique. » Pour Brice Teinturier, directeur général délégué d’Ipsos, « le problème est qu’elle essaie de tenir les deux tendances de l’électorat de droite, qui sont peut-être incompatibles ».

« C’est un objectif extrêmement compliqué, qui entraîne un grand écart permanent d’où des situations qui créent une ambiguïté », ajoute-t-il. La candidate LR est en effet durement attaquée sur sa droite par Eric Zemmour (Reconquête!), qui avait estimé samedi qu’elle n’était « pas de droite ». « Je suis candidat à la présidentielle pour arrêter le grand remplacement et lutter contre l’immigration », a-t-il tweeté lundi. Dans le même temps, Valérie Pécresse, qui a reçu la bénédiction de l’ancien Premier ministre Edouard Balladur lundi, a subi plusieurs défections vers Emmanuel Macron la semaine dernière.

Dont celle d’Eric Woerth qui s’est étonné lundi du « décalage extraordinaire » entre les déclarations de Valérie Pécresse et les raisons qui l’avaient poussée à quitter LR en 2019 parce que le parti penchait, selon elle, trop à droite.

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